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Date de Sortie: 2 Décembre
2008
Date d'enregistrement: 2008
Durée: 51 minutes 01 secondes
Label: Rap-A-Lot, Asylum
C'est la deuxième fois qu'il nous fait le coup. Déjà à l'aube de la sortie de « Made » fin 2007, la légende du Sud annonçait sa retraite après une glorieuse carrière de plus de vingt années et presque autant d'albums. Toujours aussi percutant au mic, affûté dans son phrasé et hilarant dans ses punchlines, Scarface n’est pas de ceux qu’on souhaiterait voir partir. Scarface est une exception, un des rares MCs à être aussi pertinent en 1988 qu'en 2008. La constance et la qualité de ses albums sont à décourager n'importe quel rookie aux dents longues. Modèle d'intégrité, le membre des Geto Boys a toujours eu cette plume sombre et implacable, interprétée par cette voix rocailleuse et profonde. Un conteur aguerri de l'histoire de la rue avec un grand H, le genre de récit écrit à la lueur d'une bougie dans une chambre plongée dans le noir pendant que ton esprit te joue des tours. Réel coup de vieux ou simple coup de blues, il semblerait que l’artiste n’ai plus ses jambes de vingt ans. « Emeritus », qui signifie vieillard en anglais, s’apparenterait donc, à un hymne au troisième âge.
1. Intro (feat. J. Prince) (prod. Mike Dean)
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2. High Powered (feat. Papa Reu) (prod. N.O. Joe) ★★★★
Premier banger du disque. L’ambiance est très street, le beat électrique permet quelques rotatives crâniennes et le refrain raggae quelques esquisses vocales. L’entrée en matière se passe bien
3. Forget About Me (feat. Lil Wayne & Bun B) (prod. Cool & Dre) ★★★★
Deuxième banger explosif samplant ,du Billy Paul, au casting de All-Stars. Le résultat est à la hauteur de nos espérances, bref une bombe.
4. Can't Get Right (feat. Bilal) (prod. Nottz) ★★★★★
Parmi les cœurs et les rythmes de batterie d'un beat qui est une petite merveille, et dans un registre nettement plus sérieux, Scarface dresse une frappante tragédie et prêche la bonne parole pour les ghettos américains, magnifiée par un sublime refrain. Un véritable bijou mélancolique.
5. Still Here (feat. Shateish) (prod. Nottz) ★★★★
Encore sur une atmosphère soulful composé de flûte de pan, d'orgue, Scarface fait rimé des paroles sensibles et touchantes retraçant la dure réalité des ghettos. On frôle quasiment le classique quand il revendique, ici, clairement son statut de vétéran.
6. It's Not A Game (prod. Illmind) ★★★★
Ses propos sur la vie de rue et sa façon de la raconter restent toujours une référence sans starification ou glamour, juste une réalité violente emprunte de vengeance et de paranoïa. Et il nous le prouve encore avec ce discour intéressant sur la rue et ses dangers.
7. Who Are They (feat. K-Rino & Slim Thug) (prod. Illmind) ★★★★
Association percutante qui apporte une chaleur typiquement sudiste à l'album. L'alchimie est réussie, Scarface prouve qu'il reste techniquement plus qu'au niveau actuel et que son statut de légende est loin d'être surfait.
8. Soldier Story (feat. The Product & Z-Ro) (prod. Tone Capone) ★★★★
La chanson la plus réussie de l'album, reflète simplement l'âme du Sud . Dans cette chanson, ‘Face, accompagné de Z-Ro et de The Product, relate avec franchise et émotion l’infamie des blocs et de ceux qui y (sur)vivent.
9. Redemption Song (prod. N.O. Joe) ★★★★
Morceau qui ne fera que valoriser sa crédibilité et sa force textuelle, où Scarface nous parle de la rue avec une violence rare.
10. High Note (prod. Jake One) ★★★★★
Un morceau sexuel rappelle ses meilleurs tracks sur le sujet, où le maître nous conte avec humour un récit sexuel, à l’extrême limite du pornographique.
11. We Need You (feat. Wacko) (prod. N.O. Joe) ★★★
Pas assez marquant, mais sa reste cependant plutôt humble et fidèle à ce qu'il a toujours été.
12. Unexpected (feat. Wacko) ( prod. Sha Money XL) ★★★★
Scarface fait ressortir son coté gangster avec de textes sincères, aidé par le puissant instrumental et sa voix virile.
13. Emeritus (prod. Scram Jones) ★★★★
Morceau brutal et basique qui termine l'album avec une virulence attachée, sans refrain ni concession. Scarface, c'est avant tout une voix grave familière, attachante, brute qui dès qu'elle se fait entendre impose sa loi. Une présence qui a fait trembler des générations dans le Hip Hop et dont il tient à le surligner à en croire cette track éponyme.
14. Outro (prod. Mike Dean)
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Pas de marketing ou de publicité mensongère, Scarface touche au cœur et à l'âme
directement dans la plus pure tradition du Sud. « Emeritus » est un album réfléchi, avec des textes profonds et sincères où l'on ressent l'expérience et la maturité de
son auteur. L'album se présente sobrement comme le dernier chapitre d'une belle histoire marquée de son sceau et millésimé depuis 1986. Sans grand artifice, ambiance feutrée derrière l'épaisse
fumée de son cigare, peut-être trop court, Scarface délivre ses derniers souffles provocateurs et gangstérisés histoire d'assouvir un peu plus sa réputation. Les basses sont rondes, les rimes
carrées mais le tout s'assemble avec harmonie. Scarface emporte l'auditeur dans son univers, sombre et dur où se croisent balances, jalousie, suspicions et remords. Il réussit là où beaucoup
échouent, faire dans le rap mature mais pas moralisateur. Tous ses thèmes de prédilection sont ici développés comme la rédemption, le code de la rue, l'amitié, la mort, le respect ou la
trahison. Comme un résumé de sa discographie, « Emeritus » dresse un large panorama de la condition humaine, plutôt dépressif certes mais encapsulé dans une forme impeccable.
Son implication est complète, rendant l'atmosphère intimiste, un album de délivrance sur lequel on revient souvent, comme un livre de chevet où on y aperçoit un homme passionné de musique qui
vit dans son temps mais qui ne se sent plus à sa place dans ce Rap Game. Déçu sans être aigri, juste pas vraiment concerné. Voici peut être la dernière vision que laissera Scarface, son
héritage avisé et détaché, son testament intègre et constant, son baroud d'honneur avec pertes et fracas. Il laisse, donc, derrière lui une œuvre difficilement égalable, des classiques à la
pelle, des écrits intemporels et surtout, une ville, Houston, magnifiée de son empreinte après vingt ans de bons et loyaux services.
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