Partager l'article ! Hell Hath No Fury, Clipse: Date de Sortie: 7 Décembre 2006 Date d'enregistrement: 2005/2006 Durée: 48 minutes 41 secondes ...
Date de Sortie: 7 Décembre 2006
Date d'enregistrement: 2005/2006
Durée: 48 minutes 41 secondes
Label: Re-Up, Star Trak, Jive
« We Got It 4 Cheap », c'était le titre des mixtapes par lesquelles les Clipse ont survécu entre leur premier album, « Lord Willin' », produit par les Neptunes en 2003, et « Hell Hath No Fury », deuxième chapitre de leur discographie officielle chaperonné par les mêmes, quatre ans plus tard. 'On l'a eu pour pas cher' (« We Got It 4 Cheap »): rien n'est plus faux, tant la genèse de ce disque a été longue et difficile. Annoncé, repoussé, annulé, massacré par le 'music-business', ce disque avait fini par acquérir le statut mythique de ces grands disque qui ne sortiront jamais. Et, à force de guerroyer sous terre, loin des spotlights, des manchettes des journaux et des querelles d'ego des titans du hip-hop business, Pusha-T et Malice semblaient définitivement enfermés dans leurs habits de semi-légendes alternatives quand soudainement, alors que personne n'y croyait plus, un label légal, qui plus est Arista sort enfin ce « Hell Hath No Fury » miraculeusement ressuscité du cimetière des 'Grands Albums Perdus'.
1. We Got It 4 Cheap (prod. The Neptunes) ★★★★★
Introduit par les tam-tams électroniques et son bon gros orgue qui te souhaite la bienvenue dans leur univers, tout en balançant quelques piques malfaisantes. En bons dealers de son rap made in Virginia, les Clipse rappent comme des crève-la-faim avec leur "cocaïne flows" respectifs dès les présentations. Et nous en tant que futurs ou fidèles consommateurs, on ne demande qu'à goûter leur nouvelle came sans plus attendre.
2. Momma, I'm So Sorry (prod. The Neptunes) ★★★★★
L'album se déhanche sur cet air d'accordéon synthétique. On remarque que les phrasés des Clipse sont devenus plus distincts avec le temps, mais surtout plus incisifs et truffés de messages subliminaux. Pusha T, est époustouflant avec ses multiples métaphores, et Malice, apporte une touche d'émotion, quand il avoue l'inconscience du dealer qu'il était.
3. Mr. Me Too (feat. Pharrell Williams) (prod. The Neptunes) ★★★★★
Définitivement minimaliste, furieusement avant-gardiste, voici le single . Un ping-pong étique entre les 2 frère et Pharrell, dont le refrain en forme de comptine est aussi efficace que le bonhomme de neige de Young Jeezy pour faire aimer le commerce de la cocaïne à toute la famille.
4. Wamp Wamp (What Do It) (feat. Slim Thug) (prod. The Neptunes) ★★★★★
Vigoureuse distribution de baffes digitales où Slim Thug gonfle ses muscles là où les Clipse préfèrent la jouer tout en finesse sur un beat exotique. Après cette phase d’acclimatation, vous en deviendriez quasi dépendant. La violence n'est jamais loin, mais Pusha-T et Malice ne l'évoquent qu'en passant, sans emphase, avec néanmoins une science habile du raccourci qui frappe, comme lorsque qu'ici Malice se compare à un Hutu.
5. Ride Around Shining (prod. The Neptunes) ★★★★★
Comme beaucoup d'autre son, ce morceau joue la carte d’un Hip Hop simplifié au maximum, pur et dur, pour ne pas dire expérimental. Tout tourne rond, comme une spirale effectuant des rotations continuellement, genre 'jeu vidéo de scienf iction".
6. Dirty Money (prod. The Neptunes) ★★★★★
Ici, la corruption n'est aussi jamais loin de la consommation ("Fuckin' with
college bitches with innocent looks like Mya / Corrupt they mind, turn 'em to liars / I groom 'em well / Dior whore, Christian Lacroix" ). Le beat est endurci : au diable les
arrangements superficiels et les lignes de basses !
7. Hello New World (feat. Pharrell Williams) (prod. The Neptunes) ★★★★★
Comme la précédente le beat est endurci, mais la mélodie est plus sombre. Pour ceux qui ont appréciés « Lord Willin’ », les caisses claires ici paraîtront familières, de même que le chant de Pharrell Williams qui plane en syncop sur des violons aériens. Il n'y a là aucune exaltation du G sanguinaire, ni moralisme à rebours, juste l'évocation narquoise d'un boulot qui a ses contraintes, et ses avantages ; comme ils le disent eux-mêmes. ("I ain't coming at'cha quote, unquote 'Famous Rapper' Who turn positive, try to tell ya how to live" )
8. Keys Open Doors (prod. The Neptunes) ★★★★★
Une fois de plus la violence règne sur ce morceau au titre à double sens (Keys / Kis [pour kilos]), lorsqu'en une rime lapidaire Malice résume les autres risques du métier. ("Open the Frigidaire, 25 to life in here" ). Sa glace le sang tel de la morphine par intraveineuse, avec ce refrain en mode repeat et cette sonnerie cauchemardesque qui retentit dans notre cortex des jours après.
9. Ain't Cha (feat. The Re-Up Gang) (prod. The Neptunes) ★★★★★
Un titre répétitif (une seule note de piano est jouée) mais ô combien accrocheur, qui invite le gang des Re-Up au complet.
10. Trill (prod. The Neptunes) ★★★★★
Place à la tuerie de l'album avec ses arcs synthétiques qui tournoient comme les pales d'un hélicoptère du DEA accroché à la trajectoire de la Porsche Carrera dont Malice parle dans le morceau.
11. Chinese New Year (feat. Roscoe P Colchain) (prod. The Neptunes) ★★★★★
Caisses claires encore, le sabotage des festivités n’en finit pas puisque les Clipse mitraille le « Chinese New Year » de milles pétards, aidés de leur partenaire de crime Roscoe P Colchain, fraîchement sorti de prison.
12. Nightmares (feat. Bilal & Pharrell) (prod. The Neptunes) ★★★★★
Morceau R&B qui ,conclut l'album, ne détonne pas dans le paysage, avec son refrain paranoïaque fredonné mélancoliquement par Bilal comme une romance ("Look over your shoulder, something is near / And I'm so scared, when I'm alone I'm so scared / Now it's inching closer, trouble is near / But nothing's there, when I look nothing's there").
Clipse se suffit à lui-même avec une rare intelligence, comme si ces quatres années de purgatoire les avaient rapprochés de la vérité et du pardon. Leur crime est lyrical, comme la tirade biblique biblique dans Pulp Ficton, à laquelle on aurait substitué la rafale d'automatique qui suit. Avec aisance et simplicité, les Clipse et leurs über-producteurs neptuniens ont évité tous les travers dans lesquels une aussi longue attente aurait pu les faire verser : malgré ses deux ou trois ans de retard, « Hell Hath No Fury » est à la fois exact au rendez-vous des attentes que « Lord Willin' » avait suscitées, fidèle aux qualités sauvages des « We Got It 4 Cheap » qui l'ont précédé et annoncé, et absolument cohérent en tant qu'album. C'est d'ailleurs la première chose qui frappe, lorsqu'on le découvre : avec ses 52 minutes, son unité stylistique, sa poignée de guests, en général issus de la famille proche, sa pochette millésimée (deux types en sportswear, quelques bijoux, un mur tapissé de dollars -Paid in full, bien sûr !), « Hell Hath No Fury » est à un album à l'ancienne. Et lorsqu'on aura ouvert le livret qui évoque, lui, un autre duo (les Mobb Deep de « Hell on Earth »), avec ses billets roulés en boule, ses coupes de champagne et ses cigares, on aura une idée assez juste des deux pôles entre lesquels oscille l'univers de Pusha-T et Malice : le rap, et le cocaine game -pratiqués tous deux comme un artisanat méticuleux, dépouillé de toute ostentation, loin de ce narcissisme grandiloquent qu'affichent tant de leurs contemporains : "From crack to rap to back to sellin it pure" ('Intro'). Avec toutes les galères qu'ils ont connues depuis « Lord Willin' », les Clipse auraient ainsi pu mettre en scène leur résurrection, voir y consacrer tout leur album, en réglant par ailleurs quelques comptes avec quelques studio gangstaz du Dirty south ou d'ailleurs. Mais, trop absorbés dans leur description de la routine du commerce de la coke, ils laissent l'exhibitionnisme auto-fictionnel et la chronique des petites rivalités du rap business à la concurrence et, franchement, cela nous fait des vacances. Au lieu de cela, le duo déroule ses chroniques cocaïnées en cut-ups abscons et saisissants, truffés de doubles sens, dessinant une représentation factuelle et réaliste du game : ainsi, là où, d'habitude, les noms de marque servent de mirages déréalisants, c'est au contraire à la réalité la plus prosaïque qu'ils ramènent, chez les Clipse, du récipient en Pyrex® où l'on chauffe la poudre aux fourrures haute-couture .("Pyrex Turs turned into Covalli furs", Mr. Me Too). La marche des vertueux, malgré les obstacles du Malin, ne fait que commencer avec ce classique.
Note: ★★★★★
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