Partager l'article ! Kingdom Come, Jay-Z: Date de Sortie: 20 Novembre 2006 Date d'enregistrement: 2005/2006 Durée: 59 minutes 21 secondes ...
Date de Sortie: 20 Novembre 2006
Date d'enregistrement: 2005/2006
Durée: 59 minutes 21 secondes
Label: Roc-A-Fella/Island Def Jam/EMI
Les années 2004 à 2006 auront permis à Jay-Z de réajuster consciencieusement son image publique. En posant un pied en dehors du rap après la sortie de son « Black Album » il y a trois ans, l'influent MC a pu élargir sa sphère d'ambitions et se crédibiliser dans ses nouveaux rôles. Devenu président de Def Jam, ambassadeur de l'ONU et compagnon de la diva Beyoncé, Shawn Carter n'a négligé aucun détail pour peaufiner son statut de "Président du Hip-Hop". Entre baggy et costume trois pièces, ostentation et placement de produit, ruée vers l'or et engagement humanitaire, chacun de ses mouvements semble aujourd'hui répondre à une logique implacable, qu'il avait résumée il y a deux ans d'une simple pirouette : "I'm not a businessman, I'm a business, man". ritiqué par plusieurs artistes de son label et régulièrement attaqué par une partie de la scène new-yorkaise, il doit aussi dealer avec un marché en constante mutation, exagérément dominé par le Sud. En outre, après être parti au sommet de son art, son retour se doit d’être parfait. Pari épineux et osé, mais à la mesure du bonhomme, pour qui « difficult takes a day, impossible takes a week ».
1. The Prelude (prod. B-Money "B$") ★★★
Bonne intro qui nous met bien dans l'ambiance.
2. Oh My God (prod. Just Blaze) ★★★
C'est un sacré morceau dans le style Hip Hop-fanfare que Blaze maîtrise désormais sur le bout des doigts.
3. Kingdom Come (prod. Just Blaze) ★★★
"I had to take care of the world I know", dit-il paradoxalement au tapage médiatique qui a suivi son boycott du champagne Cristal. Un très bon morceau où le boulot de Just Blaze est au dessus du boulot de Jay.
4. Show Me What You Got (prod. Just Blaze) ★★★★
Ce premier tube, nous a mis l’eau à la bouche avec ses trompettes grandiloquentes, son beat survolté et son clip éblouissant. Le sample éponyme de la BO du film « Shaft in Africa » aidant, Jay-Z joue à fond la carte de la frime, entre caricature arrogante et charisme absolu.
5. Lost One (feat. Chrisette Michelle) (prod. Dr. Dre) ★★★★
Très mélodieuse, la boucle permet à Jay-z de sortir (enfin) le grand jeu côté plume. Délaissant strass, paillettes et autres bouteilles dorées, Hova aborde ici les blessures relatives à la fin de son amitié avec Dame Dash, à ses relations affectives et au triste décès de son neveu. Entre regrets et amertumes, les mises au point semblent libérer Hov’. Le texte est de toute beauté, à échelle humaine et s’impose comme indispensable pour étoffer un peu plus la mythologie du personnage.
6. Do You Wanna Ride (feat. John Legend) (prod. Kanye West) ★★ ★
Kanye West est très loin de son meilleur niveau, celui qui avait contribué à rendre classiques les précédents opus de Jay-Z. Mais le hook de John fait passer la pilule.
7. 30 Something (prod. Dr. Dre) ★★★
se veut plus décontracté que « Lost One », il n’en demeure pas moins intéressant, surtout grâce à ses nombreuses lines (« Y'all respect the one who got shot, I respect the shooter ») et aux multiples pics adressés à ses détracteurs.
8. I Made It (prod. DJ Khalil) ★★★
On devine derrière ce morceau, l'envie qu'il a eu d'apparaître tel qu'il est : puissant et accompli, mais aussi vulnérable et complexe. C'est quand même peu marquant.
9. Anything (feat. Usher & Pharrell) (prod. The Neptunes) ★★★
Instru rythmé, mais on a une étrange sensation à son écoute.Le côté pop de ce titre laisse assez sur sa faim sans pour autant être faible.
10. Hollywood (feat. Beyoncé Knowles) (prod. Syience) ★
Morceau qui retrace à toute allure la décadence d'une star qui lui ressemble étrangement. Pour faire court sa ressemble à rien, et c'est vraiment mauvais.
11. Trouble (prod. Dr. Dre) ★★★★
On mage dans le n'importe quoi mais heureusemet que le Doc' est la pour donner un coup de fouet. Jay y expédie en deux mesures les rumeurs sur son enfant caché. Une grosse bombe.
12. Dig A Hole (feat. Sterling Simms) (prod. Swizz Beatz) ★★★
"When you got nothin' to prove, everybody know you better, you in a lose-lose" , murmure-t-il comme s'il avait anticipé par avance l'accueil critique glacial qu'allait recevoir son retour discographique. Morceau qui n'arrive pas à galvaniser la seconde partie de l'opus.
13. Minority Report (feat. Ne-Yo) (prod. Dr. Dre) ★★★★
On savoure avec grand plaisir l’engagement du bonhomme. morceau traitant de la catastrophe causée par l’ouragan Katrina. Le long de ce grand moment de dévotion à sa communauté, Hov regrette de ne pas avoir suffisamment donné de son temps et fustige l’immobilisme des pouvoirs publics et leur mauvaise gestion de cette crise. Démago et prévisible ? Peut-être. Excellent track et bonne initiative malgré tout ? Sûrement, d’autant plus que les plages engagées et purement altruistes se font assez rare chez Shawn…
14. Beach Chair (feat. Chris Martin) (prod. Chris Martin) ★★★
Ode au rêve et à l’inespéré, conclut donc brillemment un « Kingdom Come » aux deux visages, présentant tantôt un artiste étincelant, tantôt un rappeur anodin qui peine à sortir du lot.
Dans ce contexte, et contrairement aux apparences, « Kingdom Come » n'est pas l'album du grand retour de Jay-Z, omniprésent pendant sa parenthèse discographique, mais plutôt un projet d'image, lui permettant de relier sa suractivité artistique avec les exigences de sa nouvelle stature. Défi intéressant car, du haut de ses 37 ans, Jay-Z a imperceptiblement glissé vers une situation quasi-inédite pour un rappeur : supra-populaire à l'aube de la quarantaine, trois cent vingt fois millionnaire, il se doit de demeurer la figure incontournable d'un genre particulièrement mouvant, au milieu d'une industrie musicale en plein chaos. C'est l'objectif affiché de ces 14 nouveaux titres mais à trop avoir conscience de son influence, "Jay-Hova" y perd de sa magie en essayant de la fabriquer. Une situation "perdant-perdant", c'est exactement ce qu'est « Kingdom Come » : parti en pleine lumière en 2003, trop visible pour être vraiment attendu, trop attendu pour tenir toutes ses promesses, Jay-Z ne pouvait que décevoir en livrant cet album événementiel annoncé à grand renfort de points d'exclamation. Entre flamboyance calculée et quête prudente de la sérénité, le premier long format du "Président Carter" restera donc comme un disque de transition pour cet artiste brillant et ambitieux, mais sans doute tiraillé par sa fidélité au passé et la réalité d'une existence au-delà de tout confort. Difficile à croire, mais le sommet atteint par Jay-Z ressemble dorénavant à une limite.
Note: ★★★★★
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