Partager l'article ! Padded Room, Joe Budden: Date de Sortie: 24 Février 2009 Date d'enregistrement: 2008 Durée: 64 minutes 29 secondes ...
Date de Sortie: 24 Février 2009
Date d'enregistrement: 2008
Durée: 64 minutes 29 secondes
Label: Amalgam Digital
La carrière de Joe Budden pourrait se résumer à un paradoxe. Celui d’un des rappeurs les plus doués de sa génération, aux textes tutoyant le génie par leur complexité, densité et maîtrise, qui ne restera pour le grand public qu’un one hit MC avec son premier single, « Pump It Up », en 2003. Esclave d’un label mythique, cultivant depuis quelques années d'avantage les nouvelles icônes pop que les rappeurs d’exception, mais aussi esclave de ses dépressions chroniques, Joe Budden a erré quelques années dans une situation inconfortable, l’obligeant à l’exil vers l’univers des mixtapes, où il guiderait ses fans dans des introspections interminables, des story tellings tragiques, des égotrips aux punchlines saisissantes. Une traversée du désert salvatrice, où il a sorti sans doute ses plus grands morceaux et couplets, notamment sur la série des « Mood Muzik », dont les volumes deux et trois peuvent être considérés à juste titre comme de véritables albums dans leur conception. Le mood, l’humeur, y était tour à tour mélancolique ou enragée, épique ou intimiste, offensif ou fragile, hésitant entre l’abandon et l’abnégation. Des projets qui ont permis à Joey de définir les contours de son identité artistique, dans le texte, mais aussi dans la forme, avec des instrumentaux toujours vibrants, amples, gonflés aux samples de soul ou de rock, et enfin dans la conceptualisation de ses longs formats. Car malgré ses qualités indéniables et ses moments forts, son premier album éponyme manquait d’une véritable ligne directrice, la faute à des party anthems efficaces, mais hors sujet. Fort d’une signature sur Amalgam Digital, lui laissant une totale liberté artistique, on pouvait donc attendre de Budden un nouvel album abouti, cohérent et à la hauteur de son talent. Une description de la lente chute de Joe Budden dans la dépression, la solitude, la consommation de stupéfiants, l’amenant progressivement vers la folie et l’internement. C’est sur ce même fil rouge qu’est construit « Padded Room ».
1. Now I Lay (prod. Blastah Beatz) ★★★★
Grosse entrée en matière qui marque les esprits grâce à une sacrée performance de Joe Budden. Ceux qui doutaient de son réel talent de MC à ses débuts avaient tort de le sous-estimer.
2. The Future (feat. The Game) (prod. Fyu-Chur) ★★★★
Unique morceau club de l’album sur lequel Joe enterre la hache de guerre avec The Game. Certes très bling-bling mais fort entraînant.
3. If I Gotta Go (prod. The Klasix) ★★★★
Morceau qui fait froid dans le dos, avec des textes sinistres et un beat mélancolique entre boîte à musique et sample de rock qui laissent entendre que Joe n’a pas l’esprit tranquille.
4. Don't Make Me (prod. Blastah Beatz) ★★★★
Morceau qui nous plonge en pleines eighties. Imaginez vous dans GTA au volant une Cadillac volée, chemise déboutonnée, cheveux au vent et Ray-Ban fumées façon Tony Montana. Quel régal !
5. Blood On the Wall (prod. MoSS) ★★★
Dans un autre registre, présente un texte à charge contre Prodigy, qui a pendant longtemps sorti des galanteries sur Joe. Joe crache sa rage à coup de punchlines et de métaphores .
6. In My Sleep (prod. The Klasix) ★★★★
Toujours aussi torturé dans ses textes, on a d'ailleurs pas mal de mal à comprendre le sens de ses lyrics tout comme ici, où c'est bourré de métaphores et de théories. Le seul capable de répondre à ce sujet serait le rappeur lui même.
7. Exxxes (prod. The Klasix) ★★★★★
Joey est un des plus grands rappeurs contemporains parce qu’il ne respecte plus vraiment les normes d’un rapstar gameavec lequel il entretient une relation aussi troublante que celle de la créature de cette chanson.
8. I Couldn't Help It (prod. The Klasix) ★★★★
Joe raconte avec regret comment il a pu s'accroché quelques filles faciles dans les strip-clubs sur un beat sponsorisé par les pompes funèbres. .
9. Adrenaline (prod. Dub B) ★★★★
Les rockeurs trouveront leur bonheur sur ce morceau énergétique dont la batterie endiablée fait penser à du Travis Barker. C’est dans ce morceau que l’on retrouve cette verve verbale qui fait de Joe un M.C. d’exception. Le troisième couplet est stupéfiant de maîtrise.
10. Happy Holiday (feat. Emmany) (prod. Qwan) ★★★★
Joe fait ressentir un certain détachement avec les instants conviviaux de l’existence.
11. Do Tell (prod. Blastah Beatz) ★★★★★
On marche avec lui le moral dans les baskets, ses lyrics n’ont jamais été aussi agressifs et sombres qu’aujourd’hui. C’est troublant d’entendre les confessions et la détresse d’une personne en mal de vivre, comme c’est le cas ici.Tout semble peu à peu pousser Joe vers la dépression, avec un certain sentiment d’inévitable, entre l’hérédité ...
12. Angel In My Life (prod. Blastah Beatz) ★★★★
… et la fatalité du destin quand il nous fait part de son dégout de plus en plus prononcé par la futilité de son train de vie .
13. Pray For Me (prod. Versatile) ★★★★★
Drames sur fond de piano et de violons, conversation imaginaire avec le Tout-Puissant sur instru fantomatique, tout n’est que désespoir et fatalité dans la vie de Joe Budden. De quoi se tirer une balle.
« Padded Room » se révèle être un album complexe et dense qui peut s’écouter de deux manières. Soit en le considérant comme le deuxième album de Joe Budden, qui aurait du lui permettre de retrouver une partie du grand public qui l’avait découvert avec son premier album. Soit en le prenant comme un opus qui s’inscrit dans toute la dynamique qu’a créé Joe depuis 2004 avec le premier volet des « Mood Muzik « et qui vise plus modestement à satisfaire et consolider sa base de fan, ce qui est clairement la portée de cet album. Au fond, Joe reste ce MC qui nous invite plus à marcher à ses côtés qu’à l’idolâtrer. Brouillant les pistes entre l’officiel et l’officieux dans sa discographie, entre le réel et le fruit d’une imagination aliénée dans ses textes, Joey est un des plus grands rappeurs contemporains. Puissant dans ses textes parce qu’il parle avec lucidité de ses faiblesses, et d’une inventivité toujours aussi stupéfiante dans les punchlines, métaphores et concepts de ses chansons, Budden invite l’auditeur à devenir un « compagnon d'infortune », à partager une expérience au fond pas si lointaine de ce que peut traverser chacun de nous à différents stades de nos vies, entre réécrire son histoire le temps de 10 minutes, imaginer ce que l’on ferait à 24 heures de notre fin, se remémorer les joies de son enfance, ou de se questionner sur sa santé mentale après des rêves insensés.
Note: ★★★★★
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